Au Japon certainement plus qu'ailleurs - du moins généralement - l'attachement, la fidélité et le sentiment d'appartenance à un dôjô sont forts. Le lien est profond et être au service de son dôjô, ses enseignants et ses membres reste la norme. Si on n'en est plus à signer de son sang un serment comme cela était courant jusqu'au début du vingtième siècle, voire plus récemment, les pratiquants Japonais savent se dévouer pour l'Ecole à laquelle ils adhèrent et leur dôjô en particulier.
Un nouvel exemple de cet état d'esprit nous a été donné à Osaka, la semaine dernière, au Tenmabashi dôjô, dirigé par Higa Kôji Shihan qui nous avait confié la responsabilité du cours d'adultes.
Nous étions treize en dôgi sur le tatami mais une personne supplémentaire était bien présente avec nous. Un membre dont la fille participait à l'entraînement, lui-même premier kyû, était en civil car blessé à une hanche. Ne pouvant s'entraîner, il est néanmoins resté concentré sur tous les exercices et l'ensemble des explications que j'ai pu donner.
Tout en regardant évoluer sa fille, ceinture verte, il était clair qu'il faisait de son mieux pour profiter quand même de ce cours et apprendre.
Quand nous sommes passés à la phase de travail à deux avec des boucliers, ce pratiquant a spontanément pris le chronomètre et géré les temps de travail que je demandais avec des commandements forts et clairs. De même, pour la partie sparring avec laquelle j'ai achevé ce cours, il a encore géré le chronomètre et s'est occupé d'un blessé et des personnes subissant un knockdown, le tout avec simplicité et humilité.
Lors du ménage du dôjô, il a immédiatement sorti les balais, l’aspirateur et les chiffons, s'est attelé au nettoyage des protections utilisées et a rangé le matériel.
Quand nous avons échangé avant de quitter le dôjô, je l'ai bien entendu remercié pour son aide importante. Selon ses propres mots: "C'est tout à fait normal car je fais partie du dôjô. Je dois attendre encore avant de reprendre l'entraînement mais je viens et apprends en regardant. Tous les deshi doivent en faire de même en apportant leur aide quand c'est possible."
Etat d'esprit très japonais donc, issu de siècles de pratique dévouée dans différents bûdô par des élèves à la loyauté chevillée au corps. Il est révélateur de le retrouver de nos jours et il faut espérer qu'il perdure, pas uniquement au Japon d'ailleurs.
