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Interview de décembre

Les différentes Ecoles de karate au Japon sans exclusive.

Interview de décembre

Message par karatejapon » Sam Sep 02, 2006 12:25 am

Lors de notre dernier séjour à Tôkyô, la semaine dernière, nous avons saisi l'occasion d'un dîner pour une conversation informelle avec deux karateka Japonais.
Messieurs Satake - godan (5ème dan) - et Omura -nidan (2ème dan) - sont membres de la Wadokai, une des deux organisations représentant la Wado ryû.

A l'issue du cours de mardi dernier au dôjô de Hachiyama (arrondissement de Shibuya) nous nous sommes retrouvés à six senpai (anciens) dans un restaurant de yakitori (brochettes diverses) près de
l'importante gare de Shibuya.

Comme il est de coutume lors de tels repas, les conversations vont bon train et sont sans inhibitions. Surtout après quelques bières.
Nous en avons donc profité pour questionner nos voisins de table au sujet du karate

- K.J.: "Satake san, arrivez vous à vous entraner régulièrement?"

- S.: "C'est difficile avec le travail et je suis fatigué mais je vais deux fois par semaine au <dôjô."

(Monsieur Satake est cadre moyen dans une PME de Tôkyô.)

- K.J.: "Et vous Omura san?"

- O. :"J'essaye de m'arranger par rapport au travail et...je suis plus jeune que
Satake san! Alors ça va."

(Rire poli de votre webmestre et "bakayaro" ("Idiot") grogné par Monsieur Satake)


K.J.: "Satake san, j'ai noté que vous corrigiez souvent les kohai et les senpai moins avancés sur les kata..."

- S.: "Oui car c'est important. Il faut etre précis dans les kata."

(La première tournée de bières - grandes! - atterrit sur notre table.)


- K.J.: "Vous travaillez régulièrement les kata vous même?"

- S.: "Bien sur. Il faut toujours les travailler."


- K.J.: "Mais on n'a pas assez de temps pour tous les travailler durant les cours; n'est ce pas?"

- S.: "Pour les senpai il faut travailler certains kata tels bassai, naihanchi et seishan."

- S.: "La semaine dernière un élève du dôjô a obtenu le godan avec seishan; entre autres kata."


- K.J.: "Il y a huit ans un élève de Arakawa Sensei (directeur technique de la Wadokai) a d'ailleurs gagné la Wado World Cup avec ce kata."

- S.: "C'est un des kata les plus importants en Wado ryû."

(Les premières brochettes arrivent et la deuxième tournée de bières - toujours des grandes! - est commandée.)

- K.J.: "Omura san, vous êtes toujours compétiteur en kumite ("combat") n'est ce pas?"

- O.: "Oui. Je participe à des compétitions au niveau du Kantou (région de Tôkyô; n.d.t.) et aussi aux tournois inter dôjô de Tôkyô."


- K.J.: "Que travaillez vous principalement lors de votre préparation?"

- O.: "Surtout les déplacements."


- K.J.: "C'est à dire?"

- O.: "Comment se déplacer rapidement pour imposer son rythme et casser la distance, pour marquer et ressortir sans etre touché.
Il faut se déplacer vers l'avant et l'arrière sans se jeter et sans pencher le buste. Mais aussi bouger latéralement pour placer des techniques."


- K.J.: "Pas seulement pour esquiver?"

- O: "Non. Aussi pour attaquer en surprenant l'adversaire."


-K.J.: "C'est à dire? Vous avez un tokui waza (spécial)?"

- O.: "Oui; je me déplace rapidement vers l'avant en sursaut après un changement de garde très vif, à 45°, et je place mawashigeri au niveau des côtes dans le même temps."


- K.J.: "Toujours du meme côté?"

- O.: "Non, non. Il faut toujours travailler à gauche et à droite chaque technique."

(De nouvelles brochettes sur la table et du sake chaud pour les frimas hivernaux.)

- K.J.: "Satake san, quelle est l'erreur la plus fréquente sur les kata?"

- S.: (Après réfléxion) "...ne pas garder le buste droit. Je vois toujours ça chez les débutants, avec bassai surtout. Le buste ne doit pas se balancer. Il faut aussi bien fléchir les genoux et éviter les armements trop larges."


- K.J.: "Satake san. Vous avez déjà voyagé à l'étranger, pour des stages, en compagnie de Arakawa Sensei. Que pensez vous des karateka Français, entre autres?"

(Longue réflexion)
- S.: "Vous êtes moins souples des hanches que les Japonais. Vous êtes plus musclés mais vous cherchez trop les blocages en force avec des mouvements trop grands."


- K.J.: "Et les kata?"

- S.: "Beaucoup d'erreurs pour les Français."


- K.J.: "Pourtant, le principal responsable Wado ryû en France est un ancien deshide Arakawa</b> sensei..."

(Visiblement gêné par cette question, Monsieur Satake commande une autre bière pour faire passer les excellents brochettes. Et accessoirement pour réfléchir à la réponse à donner.)

- S.: "Il se trompe. sensei ne l'a pas vu depuis très longtemps."

(Ne voulant pas poursuivre sur un sujet prêtant à polémique, nous donnons une autre direction à notre conversation. Monsieur Satake semble soulagé et sirote sa bière.)

- K.J.: "Omura san, avez vous combattu avec casque (à bulle en plexiglas)?"

- O.: "Le mois dernier."


- K.J.: "Et qu'en pensez vous? Ce n'est pas gênant pour la vision ou autre?"

-O.: "Bon...la buée se forme sur les modèles non troués au bas de la bulle. Sinon...je ne sais pas trop. C'est moins dangereux pour les enfants. Pour les adultes je ne sais pas bien. C'est nouveau pour moi..."


- K.J.: "Et vous Satake san, qu'en pensez vous?"

- S.: "Oui c'est moins dangereux pour les enfants. Mais les adultes...comme on doit controler les coups à la tête..."


- K.J.: "Omura san. Vous pratiquiez déjà avant de devenir l'élève de Arakawa Sensei, n'est ce pas?"

- O.: "Oui. J'ai commencé au dôjô de mon lycée mais j'ai obtenu le nidan depuis que suis l'élève de Sensei."


- K.J.: "Ca ne gêne personne que les élèves arrivent en retard au fur et à mesure."

- S.: "Ce n'est pas possible d'être à l'heure pour beaucoup d'entre nous à cause du travail et des temps de transport. L'essentiel est de pratiquer suivant ses possibilités. C'est ce qui est important pour les Japonais."


- K.J.: "Tout le monde s'attend pour se saluer à la sortie du dôjô..."

- S.: "Bien sur. C'est normal non?"


- K.J.: "Ce n'est pas vraiment le cas en France ou aux Etats Unis par exemple."

- S.: "Pour nous c'est important. Nous formons un groupe et appartenons au même dôjô."

Notre conversation tourna ensuite sur d'autres sujets sans rapport avec le thème du karate.

A 23:00, le patron du restaurant vint gentiment nous mettre à la porte et chacun rentra chez lui.
Monsieur Satake dormait d'ailleurs déjà quand la porte du taxi se referma.
Il est vrai que le rythme de travail des Nippons est souvent exténuant. Nos deux karateka ont d'autant plus de courage à s'entrainer après le travail et avant une nouvelle journée de labeur.
Par ailleurs, la bière et le sake sont de puissants sédatifs à certaines doses...
karatejapon
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