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Camp d’hiver 2026 寒稽古

Tous les stages de karate au niveau mondial

Résultats

Message par karatejapon » Jeu Jan 08, 2026 4:19 am

Les résultats de l’examen, qui s’est déroulé l’après midi de la deuxième journée du camp d’hiver, seront communiqués le dernier vendredi de ce mois.
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Régisseur

Message par karatejapon » Jeu Jan 08, 2026 10:01 am

Comme de coutume depuis plusieurs années, le régisseur du camp d’hiver était Akaishi Makoto Shihan. C’est également lui qui a dirigé la partie physique du cours magistral du Directeur mondial, ce dernier étant limité par des problèmes articulaires mais donnant de nombreuses explications et corrigeant les participants dans la salle.
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Première journée - Partie 1

Message par karatejapon » Sam Jan 10, 2026 4:50 am

Les deux autocars qui transportent le groupe arrivent en début d’après midi au Mitsumine. Le temps est ensoleillé et il ne neige donc plus mais le froid est vif.
Avant de couvrir les cinq cents mètres qui séparent le parking de l’auberge, Akaishi Makoto Shihan annonce la répartition des groupes dans les chambres puis effectue un court briefing. Il insiste sur la courtoisie et la politesse absolues que nous devrons observer vis-à-vis du personnel ainsi que des autres clients du ryôkan. Pour reprendre ses paroles: "Si une seule personne se comporte mal, c’est l’ensemble de notre groupe qui sera impacté et, au delà de ça, la réputation du Kyokushinkaikan en sera ternie".
Nous faisons ensuite connaissance avec les occupants de chaque chambre, soit deux fois quatre personnes. En tant que Sensei, je serai responsable de deux chambres. Je partagerai la mienne avec deux Senpai Japonais, Hiratsuka san (nidan) et Yamagiwa san (shôdan), venus pour l’examen. Le dernier membre est un nidan Australien, prénommé Daniel, qui a déjà combattu au World Open.
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Première journée - Partie 2

Message par karatejapon » Dim Jan 11, 2026 5:21 am

A 13:00 tout le groupe est dans la salle de spectacle de l’auberge qui tient lieu de dôjô, pour le cours de Matsui Shokei Kanchô.
Actuellement touché par des problèmes articulaires, le Directeur mondial de l’IKO laisse Akaishi Makoto Shihan diriger la partie physique de ce cours mais, comme de coutume, il intervient beaucoup pour apporter son expertise et des explications pointues. Comprendre la langue japonaise et ses subtilités se révèle alors un grand avantage afin d’en apprendre le plus possible.
Chaque exercice est ponctué d’interventions du Kanchô durant les presque 2H30 du cours. Il corrige également les pratiquant(e)s, de façon individuelle, depuis la scène d’où il peut voir jusqu’au fond de cette grande salle.
Comme auparavant, pour d’autres kangeiko, nous vous proposons un verbatim que nous espérons coller au plus près des explications et de la pensée de Matsui Shokei Kanchô.

"Réfléchissez au concept de shin gi tai, l’esprit, la technique et le corps. Vous devez comprendre que la notion la plus importante reste celle de l’esprit car il doit être dans chaque technique que vous exécutez. Il faut pleinement s’impliquer dans chaque technique et ne pas travailler mécaniquement. Sans l’esprit il ne s’agit que de mouvements sans véritable signification."

"Quand vous aurez fini cet entraînement, il faudra ensuite y réfléchir. Prenez l’exemple d’un livre. Tout le monde sait lire et on peut se contenter de lire un alignement de mots. Par contre, si vous êtes conscient de ce que vous lisez, vous réfléchirez à ce que l’auteur a voulu transmettre. Il en va de même pour le karate. A vous d’analyser et de chercher à comprendre en allant au delà de la simple technique."

"Trouvez un équilibre entre le corps et l’esprit. Ce dernier doit vous aider à passer à une étape supérieure et progresser, même quand vous êtes blessé. J’en ai récemment parlé avec un Sensei de la Japan Karate Association à l’université Keiô et nous sommes arrivés aux mêmes conclusions. Et c’est également ce que j’ai compris en relisant des écrits de Miyagi Chôjun Sensei. Donc, que ce soit le Kyokushin, le Shotokan ou la Gôjû ryû, c’est la même chose. Le karatedô, au delà des Ecoles, permet d’arriver au même résultat."

"Soyez pleinement conscient de ce que vous faites, ne soyez pas passif durant l’entraînement. J’en vois certains ici lancer des coups de pied et de poing sans aucune intention. Ce n’est pas du karate, simplement de la gymnastique. Dans ce cas, pas besoin d’aller au dôjô. Et si vous portez une ceinture noire, ne vous regardez pas avec complaisance. N’importe qui peut acheter une ceinture noire dans un magasin et s’admirer avec mais quel en est l’intérêt…? C’est comme si vous achetiez d’excellentes chaussures pour courir mais que vous ne vous entraîniez pas, ça ne veut rien dire. C’est la même idée pour tous les sports et tous les budô."

"Je vous ai demandé tout à l’heure d’être conscients en exécutant les techniques mais j’en vois encore qui frappent n’importe où. Ça ne va pas! Même durant les exercices du idogeiko vous devez visualiser une cible précise. De même, il faut conserver la rectitude du corps, y compris sur les techniques circulaires. La tête ne doit pas bouger n’importe comment. Pensez à votre colonne vertébrale jusqu’à la nuque."

"Savez-vous que l’ordre du dogi naoshite est aussi un exercice…? Vous devez vous tourner vers la droite refermer votre veste et resserrer votre noeud de ceinture et vite revenir face au shinzen. J’en vois qui se recoiffent!" (Eclat de rire de Matsui Shokei Kanchô puis de toutes et tous en le voyant mimer ce qu’il vient d’observer)

Sur un plan purement technique, ce cours a suivi le schéma classique en vigueur au Honbu dôjô avec l’échauffement, les tsuki waza, les blocages et les keri waza.
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Première journée - Partie 3

Message par karatejapon » Lun Jan 12, 2026 4:51 am

Cette première journée du kangeiko s’est achevée, comme le veut la tradition, par l’allocution de Matsui Shokei Kanchô. Il s’agit de faire une sorte d’état des lieux. Le Directeur mondial a évoqué les événements organisés en 2025, quelques résultats des tournois majeurs, le développement du Kyokushinkaikan à l’étranger et enfin les objectifs fixés pour l’organisation d’ici la fin de cette nouvelle année. Ensuite il a parlé de ce que les pratiquants peuvent se proposer à titre personnel.
Nous reprenons ici ses paroles à ce propos.
"Pour cette nouvelle année, je vous invite à choisir ce que vous voulez faire dans la vie. Que ce soit votre vie privée ou celle de votre pratique martiale. Vous pouvez continuer sur une ligne droite avec un rythme tranquille ou bien vous pouvez accélérer les choses et vous dire que cette année marquera une progression importante de votre karate. C’est tout à fait possible grâce à la détermination et la volonté de faire grandir votre pratique. Ce sont des choix personnels que vous devez effectuer et il faut s’y tenir. Souvenez-vous de ce que disait Oyama Sôsai avec l’idée de l’humilité mais le regard vers le haut. Votre vie professionnelle ou vos études doivent profiter de cet état d’esprit."

Cette habituelle réunion s’est terminée avec les questions posées à Matsui Shokei Kanchô par chaque groupe de deux chambres. Il s’est prêté de bonne grâce à l’exercice, comme toujours.
Un jeune élève du champion Arata Shoki, âgé de 12 ans, a demandé au Directeur mondial comment faire pour devenir aussi fort que lui, sachant que son but est de gagner le World Open d’ici deux éditions (rien que ça!). La question, pleine de candeur et de simplicité enfantine, a beaucoup fait rire Kanchô et l’assistance. Sa réponse fut simple: "Es-tu bon élève à l’école? Si ce n’est pas le cas tu ne pourras pas y arriver. Commence par travailler plus, sois sérieux avec les devoirs, écoute tes parents et viens souvent au dôjô. Tout deviendra alors possible pour toi. »
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Deuxième journée - Partie 1

Message par karatejapon » Mer Jan 14, 2026 2:51 pm

Le deuxième jour du kangeiko commence à 6:20. A cette heure matinale, toutes et tous sont déjà alignés en colonnes, devant l'entrée du ryôkan (旅館) en attendant l'arrivée du Kanchô (館長) qui, heureusement, ne se fait pas attendre. La température est de -2 degrés.

Placés face à un des temples, nous exécutons le kihon et le idogeiko classiques pratiqués au Honbu dôjô, de façon plutôt immuable. Akaishi Makoto Shihan (師範) l'entraînement. Chaque technique est réalisée lentement sur cinq temps puis kiai sur le sixième. Ensuite, trente répétitions avec le kiai de façon systématique. Le rythme est élevé et permet de se réchauffer quelque peu. Plusieurs d'entre nous se retrouvent par terre suite à des glissades dans la neige ou sur des plaques de verglas. Chaque Sensei de la première ligne compte trente temps. Le dernier de cette ligne se trompe en comptant dès le premier passage, bien que Japonais, et se fait rabrouer vertement par les Shihan auxquels nous faisons face.
Je travaille en miroir face à Yamaki Kenji Shihan. Sa puissance est exceptionnelle et tous ses blocages sont de véritables attaques. Il est clair que son état de santé s'est considérablement amélioré et son énergie incroyable.

Artur Hovannisyan Shihan prend la main pour une trentaine de minutes.
Il perd rapidement un grand nombre des participants avec des enchaînements complexes sur un, puis deux et enfin trois déplacements, chacun comportant jusqu'à quatre techniques de bras et de jambes combinées. Pas de surprise nous concernant car nous connaissons bien sa façon de travailler mais il reste néanmoins difficile de réaliser correctement ce qu'il demande.
En plein milieu d'un de ces enchaînements, le Shihan s'arrête pour apostropher un Senpai nidan Japonais, placé en deuxième ligne, juste sur ma droite: "Tu fais quoi toi? Tu es complètement endormi! Pas la peine de rester avec nous, va plutôt courir si c'est pour faire ça! Si tu veux rester avec le groupe réveille toi tout de suite!" L'ambiance était déjà physiquement glaciale mais ces paroles jettent un froid, bien vite compensé par une ardeur renouvelée de l'ensemble du groupe.

Ce cours du matin s'achève par un tour des temples, d'environ cinq cents mètres, en courant, avec deux lignes par ordre de grades se répondant: "Kyokushin!", "Fight!". Il s'agit là encore d'une tradition bien établie.
La traditionnelle photo de groupe par l'équipe de photographes/vidéastes qui nous suit durant les trois jours du camp d'hiver clôture cette partie.

Enfin, avant de renter à l'auberge pour profiter de la chaleur et d'un petit déjeuner bien mérité, arrive le moment que toutes et tous redoutent: la cérémonie dans le temple principal, "norito" (祝詞) en japonais.
Vous avez déjà pu le lire au sein des compte rendus d'autres éditions du kangeiko mais ce moment de bénédiction du stage est particulièrement éprouvant. Près d'une trentaine de minutes en seiza (正座) dans le froid, en prenant garde à ne pas se faire remarquer en bougeant trop ou grelottant...Pour ma part, je suis installé en deuxième ligne et excentré, ce qui fait que le Directeur mondial ne peut pas me voir. J'avoue avoir pris cette place volontairement, ne connaissant que trop bien ce qui nous attend.
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Deuxième journée - Partie 2

Message par karatejapon » Ven Jan 16, 2026 6:02 pm

Un entraînement "libre" (auxquels toutes et tous se doivent de participer) débute à 11:00 dans la grande salle du ryôkan, pour une durée d'une heure.
Des petits groupes se forment, essentiellement pour réviser à plusieurs le programme de l'examen qui commence à 14:00 dans cette même salle. Les Russes restent entre eux. L'ambiance est assez informelle et les ressortissants d'autres nations n'hésitent pas à se mélanger.
Je supervise un Italien premier kyû qui me demande de corriger deux kata supérieurs qu'il est loin de maîtriser. J'apporte ensuite mon aide à l'autre tricolore de ce camp d'hiver, en ce qui concerne le Taikyoku sono ichi. Puis je reprends chaque kata supérieur avec Daniel qui compte les temps. Cinq Japonais, qui se présentent au dan test, nous observent attentivement puis viennent me demander quelques précisions. Parmi eux se trouve Arata Shôki, habitué du top 32 au World Open. Surpris et ravi de pouvoir échanger avec moi en japonais, le champion est très simple et fait preuve d'humilité. J'aide son petit groupe avec plaisir, du mieux possible.
Je finis ce cours libre par cinq minutes de sparring à 50% de puissance avec Daniel.
A l'heure dite, toutes et tous quittent la salle et regagnent leurs chambres respectives pour un temps de repos.
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Re: Camp d’hiver 2026 寒稽古

Message par ChusetsuDo » Mar Jan 20, 2026 10:58 am

Merci pour ce compte rendu détaillé. Quelle expérience exigente, exceptionnelle et enrichissante ! Vous avez du mérite d'y participer ; bravo !
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Suite

Message par karatejapon » Mar Jan 20, 2026 11:30 am

Merci à toi pour ton appréciation. La suite du compte-rendu, toujours en plusieurs parties, suivra bientôt.
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Deuxième journée - Partie 3

Message par karatejapon » Mar Jan 20, 2026 4:54 pm

A 14:00, les candidats au passage de grades doivent être prêts dans la salle de spectacle du ryôkan, pour un examen qui durera 3H30. Les autres participants du camp d'hiver ont rendez-vous à la même heure, devant l'auberge, pour un troisième entraînement, en extérieur à nouveau. Ce second groupe, dont je fais partie, se rend sur un plateau herbeux - mais recouvert partiellement de neige et de plaques de verglas - à une quinzaine de minutes de marche.
Le cours est dirigé par un Shihan Japonais durant 1H30. Le programme est classique, il ressemble fort à la première partie du cours matinal avec l'ensemble du idogeiko en vigueur au Honbu dôjô. Nous sommes quelques dizaines, enfants et adolescents compris.
Ensuite, Nikolai Kovalenko Senpai prend le relais pour une trentaine de minutes. Le champion Russe, qui vit à Tôkyô depuis plusieurs années maintenant, partage avec l'ensemble du groupe ses tactiques favorites. Nous travaillons beaucoup sur des déplacements courts suivis de remises.
Les exercices étaient les suivants:
- Déplacements vers l'avant puis vers l'arrière de trois façons différents, à savoir sursaut, changement de garde et switch. Nous ferons plusieurs allers/retours pour chacun d'entre eux afin d'acquérir fluidité et rapidité.
- Esquive sur un gedan mawashigeri externe, en se décalant vers l'intérieur puis contre attaque immédiate sur la même jambe en gedan mawashigeri externe.
- Contre en tate tsuki ou shita tsuki, en cassant la distance, sur un gedan mawashigeri externe.
- Techniques en miroir. Le partenaire qui reçoit une technique (libre en l'occurrence) doit effectuer la même, en gommant au maximum son temps de réaction.
- Amélioration du démarrage en contre attaque. Celui qui reçoit une technique (encore libre comme pour l'exercice précédent) doit répliquer sans délai avec celle de son choix. Il faut changer de contre attaque systématiquement et démarrer de l'endroit où l'on se trouve sans réduire la distance.
- Même exercice mais obligation de finir par un jôdan mawashigeri après la première technique de son choix.
Nikolai Kovalenko Senpai s'arrête auprès de chaque paire pour corriger si besoin et apporter précisions, conseils et encouragements. Il est, lui aussi, simple et plein d'humour.

Tout ce qui précède terminé, nous repartons vers l'auberge pour un bain brûlant qui nous permettra de reprendre l'entraînement le lendemain matin car les articulations et les muscles sont douloureux.
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Deuxième journée - Partie 4

Message par karatejapon » Jeu Jan 22, 2026 5:47 pm

La deuxième journée du camp d'hiver se termine par la traditionnelle sayônara party. Après le dîner tout le monde revient dans la salle de repas, à 20:00, pour une soirée qui se prolongera tard pour certain(e)s. De la bière, des highballs, du cidre (!) sont disposés sur les tables, ainsi que des gâteaux salés et sucrés. Nous passons de table en table pour trinquer, prendre des photos, évoquer des souvenirs de stages précédents. Le kangeiko, pour les habitués dont je fais partie, est une excellente occasion de garder ou renouer des contacts. Pour ma part, j'ai pu échanger longuement, lors de cette soirée, avec Akaishi Makoto Shihan que je connais depuis une quinzaine d'années maintenant.
L'ambiance est conviviale et certains dévalisent les machines de vente de bière de l'auberge pour prolonger le combat.
Des jeux sont organisés, du type "pierre, ciseaux, feuille", en opposant principalement des enfants aux adultes. Les crises de rire sont nombreuses et les gagnants de chaque duel reçoivent des T-shirts, des serviettes ou des autocollants venant de divers dôjô. A une exception près, tout le groupe se mélange pour trinquer, Japonais ou étrangers, dans une ambiance bon enfant.
A 22:00, la soirée s'achève. Il faut penser à se reposer pour la dernière journée, néanmoins la lumière restera allumée fort tard dans plusieurs chambres. Il faut bien finir les bières et autres boissons fortes...
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Troisième journée - Partie 1

Message par karatejapon » Lun Jan 26, 2026 3:43 pm

La troisième et dernière journée du camp d'hiver commence, comme la veille, à 6:20. Nous sommes toutes et tous alignés devant l'entrée de l'auberge, il fait encore nuit noire et la température est de -8°. Matsui Shokei Kanchô est, fort heureusement, ponctuel comme à son habitude et nous rejoignons sans délai notre espace d'entraînement, face à un des temples.

C'est encore Akaishi Makoto Shihan qui dirige le cours, toujours de facture très classique. L'éventail technique travaillé est quasiment similaire à celui de la veille. Chaque tsuki waza, keriwaza ou blocage est répété cinq fois lentement puis une fois avec le kiai. Suivent trente répétitions avec le kiai, comptées par chaque Sensei de la première ligne.
Lors du premier passage, le dernier Sensei masculin, sandan Japonais , de ladite ligne, débute son compte de façon trop timorée avec une voix qui ne porte guère et, qui plus est, il exécute la technique au moment du compte. Il est alors vertement repris par un des Shihan en face de qui nous nous trouvons. Le Sensei reprend donc la séquence mais - comble de malheur pour lui - il se trompe en comptant. Il est alors tancé et rabroué par trois Shihan dont Yamaki Kenji. Durant deux minutes il est rappelé à tout le groupe que se tromper ainsi est inadmissible pour un Sensei, qu'il faut montrer l'exemple, être éveillé psychologiquement et que ce genre d'erreur prouve une incapacité à diriger un cours ou transmettre correctement à ses élèves. Le malheureux ne peut que répondre par des "OSU" contrits. Je suis certain qu'il sera plus attentif à l'avenir...

Yamaki Kenji Shihan prend ensuite la direction de l'entraînement pour près de trente minutes. Depuis son retour au Japon sa santé s'est améliorée et je note sa puissance ainsi que la pureté de sa technique sans fioritures, notamment au niveau des blocages qui, pour lui, sont tous des attaques avec la notion du ichigeki portée à son paroxysme.
Le Shihan passe dans les rangs pour corriger et apporter des précisions. Au delà de la technique pure, il parle beaucoup de rectitude physique et mentale. Il explique que le karatedô est un budô, un Art Martial, et pas un "simple sport". Ses corrections portent également sur l'attitude générale que doit posséder un pratiquant, sur le salut qui n'a rien de superflu, sur le regard qui doit être comme deux lances et montrer la détermination totale. Il rappelle que l'engagement physique et mental se doit d'être absolu, sans fléchissement au cours d'une série de mouvements. Il reprendra longuement le groupe quant au chûdan seiken tsuki en sanchindachi. Garder le buste droit, ne pas pencher la tête, conserver un bras fort sur le coup de poing et frapper derrière soit avec le hikite. Selon lui, tout cela peut sembler simple et tomber sous le sens mais il note que peu d'entre nous exécutent correctement cet exercice. Son karate est véritablement martial; révélateur pour un ancien compétiteur au plus haut niveau.

Après cette séquence que je considère, à titre personnel, comme essentielle pour cette édition du kangeiko, nous rentrons dans le temple principal du Mitsumine pour la même cérémonie que la veille. Une différence de taille néanmoins: la température est bien plus basse. La cérémonie semble encore plus longue et se révèle vraiment inconfortable pour le groupe dont la plupart des membres grelottent rapidement. Certain(e)s auront le plus grand mal à se relever de la position seiza ou même hanza. Il faudra de longues minutes pour se réchauffer avant un petit-déjeuner très attendu.
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Troisième journée - Partie 2

Message par karatejapon » Mar Jan 27, 2026 4:51 pm

Après l'entraînement du matin décrit dans l'article précédent, et après le petit-déjeuner, tout le groupe s'affaire à laisser les chambres dans le meilleur état possible afin de faciliter le travail des employés de l'auberge. Ce qui peut sembler curieux pour des étrangers mais très japonais dans l'esprit. Les taies d'oreiller sont retirées, les futon pliés et empilés, les poubelles de chaque chambre vidées, les serviettes de bain étendues, les chambres aérées, la propreté des toilettes et lavabos vérifiée. Les Sensei supervisent toutes ces tâches et attendent les retours de chacun(e). Il n'est pas question de quitter les lieux sans nous être acquitté au mieux de ce travail.
Tout cela terminé, nous nous apprêtons à affronter la dernière épreuve qu'est le passage sous la cascade d'eau glacée. Avant de nous mettre en chemin, le groupe se rassemble devant la stèle à la mémoire d'Oyama Masutatsu Sôsai pour une courte prière ou simplement présenter nos respects à sa mémoire.
Le Kanchô dirige ce moment emprunt d'une certaine solennité. Il nous remercie pour notre participation et dit savoir que nous avons souffert du froid.
Reprenons ici ses paroles: "Merci à tous. Il fait froid et c'est difficile mais vous êtes courageux. Vous vous êtes bien engagés durant ce camp d'hiver et maintenant il ne vous reste plus que la cascade. Je sais que c'est dur mais c'est la dernière partie du camp d'hiver et vous devez le faire. J'espère vous revoir ici l'année prochaine. Bon courage et pensez à Sôsai qui lui aussi a beaucoup souffert. OSU!"
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Troisième journée - Partie 3

Message par karatejapon » Mer Jan 28, 2026 3:34 pm

Après le moment de recueillement devant la stèle érigée à la mémoire du fondateur du Kyokushinkaikan, tout le groupe accompagne le Directeur mondial jusqu'au véhicule qui l'attend en contre-bas. Toujours dans la bienveillance à mon endroit, Matsui Shokei Kanchô échange avec moi sur ces quelques dizaines de mètres. Il me demande de transmettre ses meilleurs voeux à Jacques Legrée Shihan, s'enquiert de ma santé et prend des nouvelles de ma famille. Il adresse également ses voeux à l'ensemble de la branche française de l'IKO qu'il estime en pleine progression et maintenant un acteur majeur en Europe.

Nous voici maintenant sur le long chemin sinueux et traître qui nous conduira à la cascade. Les glissades sont fréquentes mais heureusement sans conséquences physiques. Il faut surveiller où l'on pose les pieds, éviter les branches, pierres, racines et autres plaques de glace. Dans la longue histoire du camp d'hiver, un jeune adolescent s'est fracturé une jambe suite à une glissade de plusieurs mètres. Il avait alors fallu l'évacuer par hélicoptère. Rien de tout ça cette fois-ci mais des éclats de rire.
Nous faisons une halte à mi-chemin, au milieu des pics, devant un paysage magnifique, empli de sérénité. Le temps de s'assurer que tout le monde suit, se désaltérer, puis nous repartons. Il nous faudra plus d'une heure pour atteindre enfin la cascade qui ne se dévoile qu'au dernier moment mais dont nous entendons le grondement quelques centaines de mètres avant d'y arriver.
Toutes et tous se préparent pour passer sous l'eau glacée, peu abondante cette année en raison du froid. Les bords sont gelés et le flot concentré au milieu. Par contre, les plaques de glace sont nombreuses et il faut escalader les rochers avec la plus grande prudence. Les hommes retirent la veste du dôgi, comme de coutume. Nous passons par petits groupes pour éviter les glissades et "profiter" au mieux de la chute d'eau, peu large donc cette année. Les Shihan et Branch Chiefs s'y attaquent en premier. Les enfants et les femmes qui le souhaitent entrent dans le lit de la cascade dont l'eau est limpide mais très froide. Les yûdansha féminines, elles, montent sur les rochers pour les trente tsuki réglementaires.
A mon tour je grimpe et passe sous le flot frigide de façon à me positionner correctement avec le groupe dont j'ai la responsabilité. Et j'y vais avec envie car nous avons attendu près d'un quart d'heure, pieds nus dans l'eau ou sur les rochers à la base de la cascade. En effet, l'équipe de vidéastes et photographes qui nous a suivi durant tout le camp d'hiver souhaitait prendre de nombreuses photos et filmer chaque groupe avant même que le premier ne passe. Le froid est pénétrant et, qui plus est, le soleil est totalement voilé.
Une fois notre passage terminé, chacun trouve un endroit à l'abri des regards pour se sécher et enfiler des vêtements chauds. Il nous faudra encore près de quarante cinq minutes pour rejoindre le point de rencontre avec les autocars qui nous ramèneront à Tôkyô. Cette dernière étape du parcours entraînera encore plusieurs chutes sur des plaques de verglas, mais là encore sans occasionner de blessures.

Tout ce qui a précédé, couplé au ronronnement du moteur et à la douce chaleur bienvenue dans l'autocar, fait que le retour s'effectue dans un grand calme. La moitié du groupe de chaque véhicule s'endort. Nous marquons un seul arrêt lors de ce trajet, dans un relais routier. Les cafés, thés et chocolats chauds sont de mise et procurent un bien être considérable. Quelques spécialités culinaires locales seront également les bienvenues. Le petit-déjeuner est bien loin et le froid exige de prendre des calories.

Arrivés au Honbu dôjô, près de la gare de Ikebukuro, nous récupérons nos bagages rangés dans les soutes des autocars puis nous regroupons devant l'entrée. Selon la tradition, tout le monde se salue avec un OSU sonore puis, individuellement, nous nous remercions, conscients d'avoir souffert ensemble mais aussi d'avoir vécu un excellent moment. Chaque membre de l'organisation est également remercié et il en va de même pour les Sensei dirigeant les différents groupes. Chacun repart ensuite de son côté, fatigué mais content d'avoir participé au camp d'hiver qui reste un must dans le parcours d'un pratiquant de Kyokushinkai karate.
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Re: Camp d’hiver 2026 寒稽古

Message par ChusetsuDo » Lun Fév 02, 2026 12:24 pm

Merci encore pour ce récit immersif ! Je suis ébahi par la résilience dont font preuve les participants, et surtout, par leur résistance au froid. Lors des entraînements en extérieurs, ne portent-ils que leur dogi et sont-ils tous pieds nus ? Ou bien est-il permis de mettre un T-shirt et des chaussures adéquats ? Quant à l'épreuve de la cascade, je ne sais pas comment il est possible de rester plusieurs minutes pieds nus dans une eau de quelques degrés seulement. Personne n'a-t-il jamais souffert d'engelure ou bien d'hypothermie ?

À titre personnel, il m'est arrivé lors d'une sortie de cyclotourisme en hiver de partir en tenue légère (c'est-à-dire estivale) car la météo était clémente au départ, avant de me retrouver pris dans une tempête de grêle puis de neige fondue en haut d'un col de faible altitude. J'étais frigorifié et pris de douleurs assez intenses aux extrémités. Il m'a fallu quinze ou vingt minutes pour rentrer à bon port, mais à ce moment-là, même une douche chaude n'a pas réussi à me réchauffer, si bien que j'ai fini grelotant, sous une couette, habillé de la tête aux pieds, avec une bouillotte pour dégeler mes pieds ! Ce n'est qu'après une demi-heure dans ces conditions que mes tremblements ont cessé et que la sensation de froid a enfin disparu. Autant dire que ce que vous relatez à la fois suscite mon admiration et réveille ce douloureux souvenir.

Félicitations à nouveau d'avoir franchi toutes ces épreuves !
ChusetsuDo
 
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