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L'enfer au Japon!

Description de la pratique réelle du karate au Japon.

L'enfer au Japon!

Message par karatejapon » Lun Sep 04, 2006 2:48 pm

karatejapon rentre du Japon où il s'est entraîné, par une chaude soirée de juillet 2004, pour la première fois au dôjô présenté dans l'article intitulé "Nouvelle branche à Ôsaka".
Nous vous proposons donc de suivre les tribulations de votre webmestre qui a payé de sa personne afin d'écrire cet article.
Arrivé à Ôsaka le 29 juin au matin pour seulement 48 heures karatejapon décide courageusement de suivre son premier entraînement dans le giron de la Kyokushinkai.
Le dôjô étant à 4 minutes à pieds de l'hôtel où descend votre webmestre à Ôsaka cela simplifie déjà les choses; pas de long trajet comme souvent au Japon.

Après une sieste réparatrice à la suite des 11H30 de vol entre Paris et la capitale duKansai, karatejapon part au dôjô dirigé par Yasuda Toshio Shihan.
Il est 19:00 et la température est encore de 26° avec un taux d'humidité dans l'air avoisinant les 75% (!).

Le cours d'enfants touche à sa fin et il est surprenant de voir avec quelle fougue la dizaine de jeunes "karateka" (des deux sexes) pratique le kumite ("combat"), gantés et casqués afin d'éviter les accidents.
Les adultes commencent à arriver et chacun salue consciencieusement le dôjô et le professeur. Les enfants rendent le salut - doublement - à chaque fois qu'un nouvel arrivant se présente.

Les saluts accompagnés de "OSU" bien sonores continuent dans le tout petit vestiaire des hommes.
Etant le seul non Japonais, nous sommes, bien entendu, l'objet de toutes les curiosités et questions. Le fait de parler la langue simplifie, là encore, grandement les choses.

Vêtu d'un dôgi (kimono d'entraînement) tout neuf orné de l'emblème de la Kyokushinkai et d'une ceinture blanche malgré notre nidan, nous arrivons sur le tatami qui recouvre la majeure partie du sol. En effet, celui ci n'est pas en bois, l'immeuble abritant le dôjô sur un étage entier n'étant originellement pas destiné à cet usage.

Afin d'appeler les deshi ("élèves") à débuter le cours le Senpai le plus ancien frappe sur un ôdaiko (sorte de gros tambour) selon un rythme établi.

Les fenêtres sont heureusement ouvertes car la température est oppressante. Et puis comme ça les passants profitent aussi des percussions!

Commence alors la (longue) liste des saluts (rei): à Oyama Masutasu Sôsai, fondateur de l'Ecole; Matsui Kanchô, actuel (et parfois controversé) dirigeant de la Kyokushinkai, devant les portraits accrochés au mur de ces derniers.
Puis saluts à Yasuda Toshio Shihan, responsable de l'Ecole pour la région du Kansai, les Senpai ("anciens") et enfin les deshi entre eux.
Bien sur, chaque salut est ponctué d'un "OSU" bien fort.

S'ensuit un échauffement et des mouvements de stretching dirigés par le Senpai joueur de tambour occasionnel. Les élèves forment un cercle au milieu du dôjô et entament rapidement des séries de mouvements, courtes mais rapides. Au bout de 5 minutes tout le monde est trempé de sueur. L'air est vite devenu irrespirable.

De là nous attaquons des séries de techniques de mains (ouvertes et fermées) puis de jambes et genoux. Et enfin en combinaison. Les mouvements doivent être amples et puissants.

Le Senpai corrige les erreurs techniques et pousse les élèves à augmenter la force et la vitesse des mouvements.
La chaleur devient intolérable et les longues heures passées dans l'avion ainsi que le manque de sommeil commencent à se faire cruellement sentir.

Il est 20:00 et Yasuda Toshio Shihan prend le relais.
Nouvelle série de saluts puis le professeur nous incite à ne pas relâcher notre effort et pousser des kiai ("expirations sonores") plus puissants.

La séance de kihon ("allers/retours") débute.
Eu égard à la taille réduite du dôjô nous en faisons beaucoup sur trois pas avec, comme de bien entendu, des kiai qui doivent faire se retourner les passants dans la rue.

La condition physique étant des plus importantes, s'ensuit des séries de pompes et abdominaux...dont on ne ne voit plus la fin. Mais bon, hors de question de se laisser aller devant les camarades d'entraînement Nippons quand même!

21:30. Epuisé et déshydraté!
Le Shihan nous autorise une courte pause afin de s'éponger le visage et boire un peu d'eau.
Tout le monde revient vite en place et s'aligne. Est-ce donc la fin de l'entraînement pour ce soir? C'était dur!
Mais non...nous enfilons alors casques (pour certains) et/ou gants puis saluons un partenaire après avoir formé deux lignes face à face afin de commencer les exercices de kumite.
L'humidité est terrible et la fatigue se fait lourdement sentir avant de commencer le plus dur. Inutile de regarder l'horloge...

Une jeune élève de 13 ans, qui suit les cours d'enfants et d'adultes, est en charge du chronomètre car nous devons combattre chaque élève deux fois une minute.
Pas de temps de repos si ce n'est pour se placer en face d'un autre élève sur la ligne. Comme nous étions 10 ce soir là le compte est simple. Sauf que Yasuda Toshio Shihan décide de s'intégrer et demande d'allonger les temps de combat quand il n'est pas satisfait du travail d'un élève.
Au total l'exercice dura 30' et ce fut l'enfer.
La chaleur et l'humidité, combinées à la fatigue, contribuent à épuiser même les plus robustes et volontaires.
Important à savoir: les kumite sont effectués sur le mode du knockdown. Même si les techniques ne sont pas portées "à fond", les coups sont donnés et pas arrêtés sur les jambes et le buste.
Les coups de pieds et genoux à la tête sont, eux aussi, "généreusement" portés. Il en résulte un nombre de knockdowns assez important bien que la plupart des deshi se retrouvant au sol tombent plutôt d'épuisement, à la suite de coups peu violents mais suffisants pour les faire chuter.

Etant nouveau dans ce dôjô, il était certain d'être testé sur ce type d'exercice. Et testé nous l'avons été!
Heureusement, nos presque 23 ans de pratique et une bonne condition physique nous ont permis de s'en sortir honorablement. Mais lorsque nous sommes passés avec le professeur, ce fut - à nouveau - infernal.
Surtout au deuxième passage qui fut notre dernier tour.
Les divers hématomes sur tout le corps sont là pour en attester. Car si le physique a permis de faire bonne figure face à tous les élèves quelque soit leur grade, Yasuda Toshio Shihan est plus grand et surtout plus lourd que votre webmestre. Autant pour ceux qui imaginent les Japonais comme des gnomes!
A savoir: si les contacts sont particulièrement virils (même pour les femmes) lors des exercices de kumite, à la fin de chaque "combat" les protagonistes se saluent et se serrent la main avec franchise.

Il est maintenant plus de 22:00, la chaleur est véritablement oppressante, tout le corps est douloureux et nous sommes heureux quand la fin du cours est annoncée.

En fait ce n'est pas totalement fini. Afin de compléter les débats nous effectuons quelques séries de pompes et d'abdominaux supplémentaires puis des tsuki ("coups de poings") à pleine puissance (enfin, ce qu'il en reste quoi...) avec kiai à faire trembler les murs, bien entendu.

Les saluts de rigueur puis tout le monde s'assoit en cercle, en tailleur pour la dernière partie du cours.
Moment intéressant à plusieurs titres.
D'abord il permet de s'assoir et récupérer bien que l'abondante transpiration ne tarisse pas le moins du monde.
Plus important, le professeur donne la parole à chaque élève qui prend alors la position seiza ("à genoux") et parle de ce qu'il à fait pendant le cours ou dernièrement. Il ne s'agit en aucun cas d'une autocritique ou d'une "séance de psy" collective. Mais les élèves évoquent leurs progrès techniques et/ou physiques ou bien leurs difficultés. De même ils expliquent leurs absences, généralement par des contingences familiales ou professionnelles. Pour notre part, nous avons grandement grandement apprécié la candeur et la simplicité des paroles prononcées ce soir là.

En ce qui nous concerne, à la demande du Shihan nous nous sommes présentés, avons décliné âge, profession et parcours en karatedô.
Nous avons par ailleurs répondu à plusieurs questions sur les raisons de notre choix de ce dôjô et de la Kyokushinkai.
Puis nous avons remercié l'ensemble des élèves, dit que porter à nouveau une ceinture blanche n'était pas un problème et que nous espérions sincèrement s'entraîner à nouveau avec eux.
Enfin avons demandé de façon formelle et traditionnelle à intégrer le dôjô.
Chaque phrase est soulignée, ici encore, par des "osu" collectifs voire des applaudissements.

Après les saluts et les poignées de main il ne nous restait plus qu'à nettoyer le dôjô. Tout le monde participe à cet exercice, sans considération d'ancienneté ou de grade.
Balais et serpillères en main nous avons donc récuré le tatami, balayé les escaliers (notre tâche du jour), fermé les baies vitrées, etc...

Avant de quitter le dôjô nous avons demandé à Yasuda Toshio Shihan l'autorisation de participer au cours du lendemain. Après réflexion celui ci nous donna son accord car il connaissait maintenant nos niveau et capacité physique. Néanmoins, il insista sur la fait que le cours du mercredi soir est réservé aux membres du dôjô pratiquant en compétition.
Il s'agit d'un entraînement basé sur le "combat" et la condition physique, d'une durée de 3 heures.

22:30. retour à l'hôtel, épuisé et rêvant d'une douche et d'une nuit de sommeil réparatrice (pas de douche au dôjô).

Il faut se préparer psychologiquement pour le lendemain car j'ai conscience du fait que si j'ai vécu un certain enfer ce soir, demain sera encore pire. En fait ce fut encore pire que ce que je pouvais imaginer mais vous lirez cela dans un prochain article. Vous saurez alors ce qu'est véritablement l'enfer au Japon.
Dernière édition par karatejapon le Mar Sep 07, 2010 11:16 pm, édité 1 fois.
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Message par konishiki » Mar Sep 07, 2010 8:54 pm

Passionnant !
Merci ! :wink:
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Message par cardinal » Mar Sep 07, 2010 9:23 pm

C'est un récit passionnant et un des meilleurs du webmestre, mais la suite est encore mieux !
Pourquoi faire du Karaté ?
"La mission ultime du karaté est de développer les meilleurs traits du caractère humain plutôt que former les êtres humains à affronter ses ennemis physiques"

~Mas Oyama~
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Message par Shoto » Mer Sep 08, 2010 10:16 pm

Merci pour ce récit

C'est toujours intéressant d'entendre (de lire) des récits évoquant "comment ça se passe au Japon". Je suis content d'entendre que là-bas, le karate n'est pas forcément de l'industrie, avec des hordes d'élèves et un sensei très très distant.

Tiens est-ce que les japonais passent à la caféteria (quand il y en a une) "boire un pot" après l'effort, ou est-ce typiquement occidental ce genre d'habitude?
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Isshoni

Message par karatejapon » Mer Sep 08, 2010 11:21 pm

C'est plutôt rare en dehors d'occasions spécifiques. Néanmoins, certains enseignants vont boire et/ou manger avec les Senpai après le cours. Sinon, ça arrive assez souvent à deux ou trois.
Dernière édition par karatejapon le Mar Juil 05, 2011 11:54 am, édité 1 fois.
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Message par Konshens » Jeu Sep 09, 2010 9:18 pm

c ça qu'est bon!!!! :p

la suite pour quand?
:D
Konshens
 
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Message par cardinal » Jeu Sep 09, 2010 10:04 pm

Pourquoi faire du Karaté ?
"La mission ultime du karaté est de développer les meilleurs traits du caractère humain plutôt que former les êtres humains à affronter ses ennemis physiques"

~Mas Oyama~
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Message par guillaume » Ven Sep 10, 2010 8:18 am

Un réel plaisir à lire et encore merci au webmestre de nous avoir fait partager ses expériences.
guillaume
 
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