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Shugyôsha à l'ancienne

Description de la pratique réelle du karate au Japon.

Shugyôsha à l'ancienne

Message par karatejapon » Sam Jan 07, 2012 5:12 am

Rentré du Japon voici deux jours, nous avons fait la rencontre d'un singulier personnage, dans l'avion entre Osaka et Paris.
Selon nous intéressante à plus d'un titre, notre conversation trouve tout naturellement sa place sur le site. Nous vous en proposons les passages les plus pertinents.

A.K. Patil est originaire de la région de Bangalore, ville surnommée la Silicon Valley indienne. En route pour Londres avant de rentrer dans son pays, il a gentiment et immédiatement accepté de répondre à nos questions sur son parcours pour le moins original.


- kj: "Au vu de l'écusson cousu sur votre veste vous pratiquez le Shitô ryû karatedô..."

- A.K.P.: "Oui, absolument. Cela fait dix ans que je travaille cette Ecole sans relâche même si, parfois, j'ai eu du mal à trouver des professeurs dans mon pays. Heureusement, comme j'ai beaucoup voyagé, j'ai pu suivre des stages un peu partout. Même en France avec Maître Nakahashi, une seule fois. Sinon, en Angleterre surtout.
Je suis premier dan depuis trois ans et c'était le moment de réaliser mon ambition."


- kj: "C'est à dire?"

- A.K.P.: "Pour fêter mon dixième anniversaire de pratique j'ai décidé de faire un "shugyôsha"; une sorte de pèlerinage au Japon. Il s'agissait pour moi de visiter le maximum de dôjô de mon Ecole sur un mois. Avec au moins un cours suivi dans chacun d'entre eux.
Pour renforcer mon projet, j'ai décidé de me déplacer à pieds entre chaque dôjô. Comme le temps m'était compté, la seule exception a été de prendre le Shinkansen entre Osaka et Tôkyô puis le retour. Mais dans chacune des régions j'ai tout fait en marchant.
J'ai lu de nombreux ouvrages en anglais parlant de ce type de pratique pour la religion mais aussi pour le travail du sabre à l'époque des samurai. J'ai donc décidé de faire la même chose."


- kj: "Comment s'est déroulé votre périple?"

- A.K.P.: "Très bien, vraiment. J'ai visité trois dôjô sur Tôkyô et sa région. Pour le Kansai, où mon Ecole est très bien implantée, c'était sept.
Je ne parle que quelques mots de japonais mais, généralement, j'ai été bien reçu. J'avais déjà contacté plusieurs Maîtres en expliquant mon but, ma démarche et mes motivations, avant le départ bien sûr.
J'ai dormi dans des dortoirs genre YMCA et en couch surfing via Internet. J'ai rencontré des tas de gens, c'était très sympathique.
Bien entendu, je me suis entraîné dans chaque dôjô et j'ai noué des relations avec les deshi et les responsables. Nous avons mangé ensemble et l'ambiance était très bonne. Je suis vraiment ravi."


- kj: "Qu'avez vous appris au cours de ce voyage et pourquoi ces déplacements à pieds dans un pays aussi bien desservi par les transports en commun?"

- A.K.P.: "C'était important pour moi. En métro, en bus et en train c'est facile mais je voulais m'investir comme pour un véritable shugyôsha, comme pour un voyage initiatique si vous voulez. Des générations ont fait ça avant moi donc je pouvais, moi aussi, le faire. Avant on traversait le Japon d'un bout à l'autre pour trouver un bon Maître. Ca faisait partie d'un tout. Je crois que la motivation de s'entraîner n'en est que plus forte. Bien sûr, à certains moments j'étais fatigué mais surtout content de l'avoir fait."


- kj: "Et au niveau de la pratique, quel intérêt avez-vous retiré de ce séjour?"

- A.K.P.: "J'ai beaucoup appris ou réappris au niveau des kata car ils sont vraiment très nombreux. Les Japonais m'ont corrigé sur plusieurs points et j'ai donc bien progressé. J'ai pris des notes après chaque cours et je compte travailler avec tout ça de façon à ne pas perdre le bénéfice du voyage.
J'étais aussi très content de travailler les armes, surtout le et les sai. Tout le monde s'est montré gentil avec moi et très attentionné par rapport à ma démarche. Les Japonais étaient surpris et m'ont encouragé. Ils sont très rapides et vifs. Moi j'étais en retard au niveau du timing mais j'ai amélioré plusieurs points dont les positions de base et les déplacements. J'ai observé leur fluidité sur le kihon et les kata. Pour ma part j'ai des mouvements encore trop saccadés."


- kJ: "Dans un esprit très pratique, n'était ce pas difficile de débarquer dans un dôjô en tant qu'en étranger? Et pour un seul cours..."

- A.K.P.: "En fait j'avais noué beaucoup de contacts avant mon départ. La préparation du voyage m'a pris un an. J'ai gardé tous mes jours de congé afin de bénéficier d'un peu plus d'un mois, cinq semaines en fait, à cheval sur décembre et janvier. Je voulais passer le Nouvel An au Japon et j'ai été au temple avec d'autres pratiquants; c'était une grande expérience.
Tous les dôjô ont accepté de me recevoir sauf un mais ce n'était pas grave.
J'avais prévu de l'argent et des petits cadeaux pour les Maîtres mais certains n'ont pas voulu que je paye. Ils m'ont invité dans leurs dôjô et parfois m'ont présenté aux autres élèves avant l'entraînement.
En réalité, avec une bonne préparation, ce n'était pas aussi difficile qu'on peut l'imaginer. Egalement, mon Maître m'avait remis une lettre d'introduction que j'ai présentée dans chaque dôjô."


- kj: "Vous êtes-vous préparé physiquement et mentalement?"

- A.K.P.: "Absolument. Pendant un an j'ai beaucoup marché dans mon pays, pour aller au travail et tous les autres déplacements quand c'était possible. Je me suis aussi entraîné plus qu'avant sur cette période. Le mental se prépare en même temps que le physique.
Ma famille pensait qu'il valait mieux emprunter les transports en commun au Japon mais je tenais à ce point précis. Sinon ça n'aurait pas été du tout la même chose."


- kj: "Question peut être triviale mais combien de kilomètres avez-vous marché?"

- A.K.P.: "Je ne sais pas trop car j'avais commencé à compter lors de la préparation mais j'ai vite abandonné à cause des changements possibles pour l'hébergement. Plus de deux cents kilomètres en tout cas. A la base je suis bon marcheur et je m'étais habitué donc ça allait plutôt bien. Et puis c'était très bien de traverser les quartiers. J'ai pris des centaines de photos et rencontré des dizaines de gens sympathiques et curieux de mon voyage."


- kj: "Sentez vous que vous avez progressé dans votre pratique?"

- A.K.P.: "C'est certain. Sur plusieurs niveaux, physiquement et mentalement. Je suis meilleur qu'avant et ce séjour a renforcé ma motivation pour pratiquer sur le long terme. Je sais maintenant que je n'arrêterai jamais sauf si mon corps ne le permet plus.
Tout les pratiquants devraient se lancer dans ce type de shugyôsha. C'est une tradition qui malheureusement se perd. Je sais bien que c'est difficile dans le monde actuel à cause du travail, de la famille et d'autres problèmes mais c'est réellement enrichissant. Peu importe l'Ecole ou l'Art Martial; si vous pouvez le faire il ne faut pas hésiter.
Grâce à ce voyage j'ai une meilleure connaissance de la Shitô ryû qui est très riche sur le plan technique. Et puis il y a la pratique des armes, peu répandue en dehors du Japon. J'ai bien progressé avec le bâton qui est la base. Si je n'avais pas été au Japon, je n'aurais pas pu décoller dans ma recherche."


- kj: "Avez-vous des regrets? Avez-vous subi des déconvenues?"

- A.K.P.: "Je voulais rester plus longtemps mais je dois rentrer chez moi et reprendre mon travail. Mes parents m'ont aidé financièrement alors je dois retourner auprès d'eux et les aider à mon tour dans les affaires familiales. Il s'agit de travaux publics et grâce au travail j'avais déjà rencontré un Japonais qui m'a encouragé dans ma démarche. Il vend des petits engins de chantier et il a fait du jûdô et du kendô avant d'être expatrié en Inde."


- kj: "Tout est donc positif selon votre ressenti?"

- A.K.P.: "Oui car j'ai été partout bien reçu. Les Japonais sont calmes, gentils et patients avec les étrangers.
Je regrette de n'avoir pu visiter plus de dôjô mais le temps m'était compté.
J'ai rencontré un compatriote en salle d'embarquement. Il part lui aussi à Londres mais via Amsterdam et pratique la Isshin ryû. Je ne connais pas bien cette Ecole mais il est venu suivre un stage ici et se dit enchanté. Je crois donc que la satisfaction est générale quand on vient pratiquer au Japon. Alors, à nouveau, si vous pouvez le faire, pas d'hésitation. Le bénéfice est immense.
Mon rêve absolu serait de traverser le Japon à la marche, sur plusieurs mois et m'arrêter dans chaque dôjô Shitô ryû. J'ai croisé des religieux du type moines errants qui faisaient ce pèlerinage, c'est exceptionnel. Mais malheureusement c'est impossible pour moi. Si j'ai un regret c'est bien celui là."


Nous remercions Monsieur A.K. Patil pour le temps consacré à répondre à nos questions.

Cette conversation a été tenue exclusivement en anglais et, comme de coutume, nous restons seul responsable des éventuelles erreurs de traduction et d'interprétation.
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Nouveau projet

Message par karatejapon » Sam Jan 14, 2012 2:14 am

Monsieur A.K. Patel nous a contacté par mail et estime maintenant ses déplacements à environ 250 kilomètres de marche.
Son nouveau projet, pour l'année prochaine ou 2014, serait de visiter et pratiquer dans des dôjô de son Ecole situés sur d'autres îles que celles de Honshû, vraisemblablement Kyûshû et Shikoku. Sur deux mois cette fois-ci et toujours en marchant. Ambitieux et courageux donc.
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Re: Shugyôsha à l'ancienne

Message par liptonic » Sam Juin 07, 2014 8:13 am

Des nouvelles de ce pratiquant?
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Re: Shugyôsha à l'ancienne

Message par karatejapon » Sam Juin 07, 2014 1:25 pm

Aucune. A cette heure il doit user ses semelles sur les chemins japonais. Nous espérons que ses entraînements seront fructueux et justifieront une telle marche, comme lors de son premier périple.
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Re: Shugyôsha à l'ancienne

Message par suke » Jeu Juin 26, 2014 9:22 am

quel budget pour un tel périple??
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Re: Shugyôsha à l'ancienne

Message par karatejapon » Jeu Juin 26, 2014 5:08 pm

Un budget pas démesuré selon les dires de ce pratiquant car très souvent invité dans les dôjô et logé en dortoir ou couch surfing. Reste, bien entendu, le prix du billet d'avion mais on trouve des tarifs attractifs au départ de l'Inde vers le Japon. D'après A.K. Patel, il disposait d'environ 2500€, somme plus que suffisante.
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