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Elève interne au Japon

Description de la pratique réelle du karate au Japon.

Elève interne au Japon

Message par karatejapon » Jeu Sep 07, 2006 5:02 pm

Les questions abondent sur la possibilité de vivre et pratiquer au Japon.
Les idées reçues, erreurs en tout genre, rêves irréalisables sont monnaie courante; le cinéma étant une des causes de cet état de fait.
Nous avons donc réalisé une recherche en ce mois d'août 2006 afin de déterminer les possibilités réelles d'un hébergement dans l'archipel afin de s'y entraîner.
Autant vous le dire tout de suite, trouver du matériel pour écrire cet article fut plutôt difficile. En effet, peu d'Ecoles de karate proposent des places en tant que uchi deshi (traduction la plus proche pour "élève interne"). Celles qui organisent ce système le font de façon discrète. Si les demandes sont nombreuses, les élus restent, quand à eux, limités en nombre.

Mais avant d'entrer plus avant dans notre sujet, il serait bon de rétablir quelques vérités et gommer certains fantasmes perturbant des esprits (trop) jeunes ou obnubilés par leurs lectures ou des films. Nous nous référons ici à des demandes et questions, lues ces derniers mois sur le forum "Arts Martiaux" de l'incontournable site http://www.lejapon.org
Quelques membres cherchaient un "Maître" au Japon afin d'y vivre et étudier le karate (ou tout autre Art Martial) à ses côtés sur une base quotidienne.
Votre webmestre aurait tendance à croire que certains films peuvent influencer les candidats potentiels. Le Maître Pei Mei de "Kill Bill II" qui prend Uma Thurman sous sa coupe ne court pas les rues au Japon. Idem pour les "Maîtres Shaolin" des films kung fu des années 70.
Les manga traitant d'Arts Martiaux vont d'ailleurs dans le même sens.
Eliminons donc les fantasmes divers et autres idées reçues à ce propos. Se retrouver le seul uchi deshi d'un "Grand Sensei" et hériter de ses connaissances martiales relève de la littérature destinée à faire rêver mais ne repose pas (ou plus) sur une réalité concrète de nos jours.

Les Ecoles de sabre ont, jusqu'au 19ème siècle, produit des pratiquants qui ont ensuite poursuivi seuls leurs recherches. Ils ont de temps en temps choisi un élève en particulier pour les assister dans leur tâches quotidiennes voire préserver un héritage martial. Néanmoins, les professeurs célèbres ont souvent formé de nombreux élèves. Idem pour les budô modernes. Les grands sensei ont toujours eu des secrétaires pour les suppléer au quotidien. Parfois ces personnes ont reçu une éducation martiale privilégiée mais ce n'est pas toujours le cas.

Certains groupes de karate ont mis en place un système d'hébergement pour leurs uchi deshi mais, là encore, les élus sont rares.

Il y a de cela quelques années, nous avons pu visiter le Honbu dôjô de la Nihon Karate Kyôkai à Tôkyô.
Ce groupe mondialement connue représente le Shotokan ryû karatedô sous l'acronyme J.K.A.
Lors de notre conversation avec des senpai ("anciens"), les uchi deshi ont été évoqués. La formule d'élève interne a eu cours de façon systématisée, dans les années 70 principalement. Des chambres au confort spartiate étaient disponibles dans le sous sol du dôjô. Elles étaient souvent occupées par des non Japonais qui restaient quelques mois sur place, moins d'une année en règle générale. La somme à acquitter était modique mais il fallait respecter le couvre feu de 22:00, ne pas faire la cuisine dans les chambres afin de limiter les risques d'incendie, faire soi même le ménage, se rendre à la laverie automatique du coin pour laver draps et autres couvertures. J'allais oublier: interdiction de ramener des filles...
En échange de cet hébergement, les uchi deshi participaient aux tâches ménagères et d'entretien du dôjô, effectuaient de menus travaux de secrétariat, rangement et courses diverses.
Bien entendu, le jeu en valait la chandelle car les possibilités d'entraînement devenaient quasi illimitées. Ce statut particulier permettait de bénéficier des connaissances des meilleurs enseignants, d'approcher quotidiennement les plus grands Sensei et bénéficier de leurs conseils et bienveillance.

Selon nos interlocuteurs, quelques Français sont passés par là mais aussi des Iraniens, des Anglais ainsi que d'autres Européens.

Malheureusement, des crises internes à l'association ont mis à mal ce système qui semble avoir quasiment disparu avec la création d'un nouveau Honbu dôjô concurrent.

Actuellement, le Daido Juku karate fondé et dirigé par Azuma Takashi Shihan accepte des uchi deshi au sein du Honbu dôjô de Tôkyô; proche de la station Ikebukuro.
Un membre de notre site vient d'ailleurs d'y séjourner. Espérons qu'il nous fera partager ses expériences en la matière.

Un dôjô australien, affilié à la Kyokushinkai propose sur Internet(!) d'enrôler des uchi deshi logés sur place donc, dans un esprit tout à fait traditionnel. L'Australie étant un vaste pays, la formule rencontre un certain succès auprès des locaux, d'autant plus que ce dôjô entretient des rapports plutôt étroits avec l'organisation mère au Japon. Cela favorise donc les échanges et permet aux élèves internes de voyager au Japon de façon préférentielle chaque année.
Les uchi deshi venant de pays hors Océanie restent assez peu nombreux.

L'organisation Kyokushinkaikan possède, au Honbu dôjô de Tôkyô, un système parfaitement rôdé, très sélectif et exigeant.
Il s'agit d'un cursus étalé sur trois années ou mille jours pour les uchi deshi destinés à devenir enseignants à leur tour. Les candidats étrangers sont acceptés mais seulement une vingtaine de demandes au mieux sur une centaine reçoivent une réponse positive annuellement. Les candidats sont soumis à un entretien et doivent s'attendre à des moments difficiles en cas d'acceptation de leur dossier.
Rien ne leur sera épargné, il leur sera demandé encore plus qu'aux élèves externes.
Au programme de leur cursus ont peut citer:
- Notions de premiers secours.
- Musculation en résistance.
- Course à pieds.
- Techniques de motivation.
- Apprendre à diriger.
- Lecture de traités sur le zen.
- Méditation.
Tout ce qui précède s'ajoutant, bien entendu, à la pratique "classique" du karate.

Le dortoir est situé au dessus du dôjô.
Des groupes sont constitués suivant l'ancienneté dans le programme sachant que les élèves les plus anciens forment le plus restreint à cause des abandons au cours du cursus.
Là encore, les uchi deshi participent totalement à la vie et au fonctionnement du dôjô. Ils sont chargés des courses, servent de chauffeur, etc.

Le réveil est à 6:00 du lundi au samedi. Il est suivi de deux heures d'entraînement dont de la course à pieds. Le tout avant le petit déjeuner, bien sur...

Ces élèves bénéficient de cours qui leur sont exclusivement réservés en plus des entraînements ouverts à tous.
En parallèle, ces futurs professeurs ont droit à deux heures quotidiennes pour parfaire leur entrainement personnel.
La Kyokushinkai demande beaucoup à ses élèves internes afin de garantir un haut niveau, similaire pour tous.

Intéressant à savoir, les uchi deshi, à l'inverse des autres élèves, ne participent aux compétitions qu'après un an de programme et doivent posséder le grade de shôdan (1er dan).
Après ces trois années de vie recluse les élèves internes doivent avoir obtenu le sandan (3ème dan).

D'autres dôjô, à travers l'archipel japonais proposent des places de uchi deshi mais de façon moins systématique. Vous devrez contacter ces dôjô sur une base personnelle et faire état de votre motivation.

Il faut être conscient du fait que les volontaires ne sont pas si nombreux qu'on peut l'imaginer. Etre taillable et corvéable à merci (légère exagération néanmoins pas si excessive) pour assouvir sa passion n'attire pas les foules. L'image du uchi deshi reste romantique mais la réalité quotidienne demande travail et abnégation.
C'est donc un choix et nous saluons avec respect toutes celles et ceux qui l'ont fait, ne serait-ce que pour quelques semaines ou quelques mois. C'est le cas de Fabrice Fourment Senpai qui a franchi le pas pour devenir instructeur du Kyokushinkaikan lors d'un séjour de trois mois. Il reste d'ailleurs le seul Français ayant accédé à la responsabilité de Full Instructor.

Si l'occasion se présente et que votre motivation est forte et sans faille, ne ne pouvons que vous encourager.
Partez au Japon enrichir votre karate en tant que uchi deshi. Vous vivrez une expérience rare et inoubliable.

Pour tous renseignements sur l'aspect pratique d'un départ au Japon (voyage, conditions d'entrée et de séjour sur le territoire, etc...), nous vous invitons à consulter le forum "Japon pratique" du site http://www.lejapon.org .
Dernière édition par karatejapon le Lun Jan 16, 2012 3:03 pm, édité 2 fois.
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Paroles d'un uchi deshi

Message par karatejapon » Sam Juil 11, 2009 9:30 pm

L'article qui précède date certes un peu mais reste d'actualité.
Suite à une demande récente d'un membre du site nous vous offrons aujourd'hui une suite sous forme d'interview.
Un ancien uchideshi du Kyokushinkaikan a accepté de répondre à nos questions et revenir sur son parcours.
Toujours membre actif du Honbu dôjô situé à Ikebukuro, en plein Tôkyô, Toshio nous a raconté ses difficultés, ses joies et bien d'autres choses avec beaucoup de candeur et de simplicité.


- kj: "Combien de temps es-tu resté au dôjô en tant que uchideshi?"

- T.: "Un an. Je ne pouvais pas faire le parcours de trois ans et je n'étais pas yûdansha.
En plus, vous savez, mes parents n'étaient pas trop d'accord. Mais...bon, à l'école ce n'était pas ça...Ils ont quand même dit d'accord en fin de compte et ont été signer les papiers."


- kj: "C'est à dire?"

- T.: "Comme j'étais mineur, il fallait que je signe mais eux aussi. Alors nous sommes allés au Ichigeki Plaza pour les papiers.
J'ai vu Kanchô et il a un peu parlé avec nous. Il a expliqué plusieurs choses à mes parents.
Ca allait quand même car nous habitons à un peu plus d'une heure du dôjô."


- kj: "Tu rentrais souvent chez toi?"

- T.: "Pas vraiment car j'avais juste un jour de repos par semaine mais on avait toujours des trucs à faire. Préparer les compétitions, les démonstrations, etc.
Je téléphonais chaque semaine à mes parents pour donner des nouvelles."


- kj: "Pas trop difficile cet éloignement de ta famille?"

- T.: "Ben...oui quand même. Je suis jeune et je ne n'étais pas beaucoup sorti de chez moi, sans ma famille. Je voulais aller en Europe mais là c'était très différent.
Au début, le soir...c'était un peu difficile mais j'étais avec les autres et puis j'étais tellement épuisé...!"


- kj: "Tu t'entraînais combien de fois quotidiennement?"

- T.: "Normalement deux cours par jour plus l'entraînement personnel. Un jour de repos le dimanche sinon c'est impossible physiquement. Mais souvent j'étais pris, surtout à l'approche d'une compétition."


- kj: "Comment se passaient les cours?"

- T.: "Les cours réservés aux uchi deshi étaient généralement très durs pour moi.
Au niveau des kata il fallait répéter sans cesse et en apprendre de nouveaux, plus que pour les soto deshi. C'était compliqué et j'étais parfois complètement perdu.
Pour le kumite c'était horrible surtout au début..."


- kj: "A ce point? Pourquoi?"

- T.: "Vous savez Senpai, maintenant je fais 69 kilos car j'ai vraiment fait un gros effort sur la musculation mais je ne pesais que 63 kilos quand je suis arrivé. Et puis je ne suis pas très grand. Alors je prenais tout le temps des KO par les poids lourds et les autres aussi parfois.
Et puis les Sensei me poussaient toujours. Ils me relevaient et m'obligeaient à continuer. C'est plus dur pour les uchi deshi. Des fois je ne voulais plus y aller mais j'avais encore plus peur des Instructeurs que des KO (Eclat de rire de Toshio)...Non, vraiment Senpai, pour moi certains étaient comme le diable! J'avais envie de les taper mais, en kumite ou en light sparring, ce sont eux qui tapaient sur moi. Je les haïssais mais je ne pouvais rien dire."


- kj: "Qui par exemple?"

- T.: "Euh...non, non! Je ne peux pas le dire!"


- kj: "Ca va...On est entre nous, tu peux parler..."

- T.: "Mais...Vous ne dites rien Senpai...D'accord...?
Ben...J'avais vraiment peur de Suzuki Sensei. Il ne riait jamais et trouvait toujours quelque chose qui n'allait pas. Et en kumite, rien qu'à voir son visage...Il ne vous fait pas peur à vous?"


- kj: "Un yûdansha n'a jamais peur! (Eclats de rire partagés) En fait il est sympathique mais je reconnais qu'au début, avec moi aussi, c'était difficile. Il s'est détendu petit à petit. Nous nous entendons bien car j'ai été son deshi à Aomonoyokochô.
Et les autres?"

- T.: "Les cours kata de Fukuda Shihan sont très durs. Il reprend toujours les uchi deshi et nous fait descendre sur les positions; une vraie torture! Mais bon, c'est bien quand même car il connaît tout sur le plan technique. Et puis il est gentil avec tout le monde."


- kj: "Comment ça se passait la vie au quotidien, les horaires, le logement, etc.?"

- T.: "Je devais vivre comme les autres au dôjô. On dort dans les petites chambres du dernier étage. Comme un dortoir de lycée.
Le matin on est debout à partir de 6:00 mais parfois plus tard. En tout cas il faut que tout soit prêt pour l'ouverture, à 10:00. On doit faire le ménage et tout l'entretien du dôjô.
Si on ne suis pas le premier cours ou un cours réservé il faut travailler à l'entrée. Au bureau, en bas. On aide la secrétaire ou on va faire les courses, la lessive, etc. Sinon on apporte des papiers et du courrier au Ichigeki Plaza.
Et puis il faut donner les renseignements aux personnes qui viennent pour la première fois. Le pire c'est le téléphone quand des étrangers appellent. Moi je ne parle pas anglais alors je ne comprends rien mais les Senpai me laissaient me débrouiller. Haaaa...c'était horrible! Mais j'ai bien rigolé quand je voyais Fabrice Fourment Senpai répondre aux Japonais qui téléphonaient...On riait tous de lui et après il se vengeait pendant le kumite!" (Rires appuyés)


- kj: "Comment était l'ambiance entre uchideshi? Comme une grande famille?"

- T.: "Oui, oui, c'était très bien. Tout le monde s'entraide. On s'entraîne ensemble et on passe beaucoup de temps à discuter. L'ambiance est bonne. De toute façon tout le monde doit faire les mêmes choses alors on partage le travail.
C'est bien de se donner des conseils et se préparer ensemble. Fukuda Shihan nous a expliqué tout ça quand on est arrivé et aussi Kanchô."


- kj: "Quels sont les requis pour les uchi deshi au niveau purement karate?"

- T.: "Il faut participer aux entraînements réservés plus un autre au quotidien. Aider pour tous les évènements comme les tournois. Travailler pour le dôjô en plus des cours.
Sinon, moi j'étais nikkyû et je devais obtenir le shôdan à l'issue de la période; c'est obligatoire.
Les Instructeurs surveillent la progression; il n'y pas de hasard. On doit passer les examens et aussi lire tout ce que Sôsai a écrit plus d'autres livres sur le karate. Il y a aussi des conseils de lecture sur le zen et les autres budô car Sôsai en parlait à ses deshi; on suit la même tradition. Après les Instructeurs parlent avec nous pour voir si nous avons compris et si nous avons des questions.
Bien sûr, quand on devient uchideshi il faut connaître par coeur le dôjô kun, même avant le shôdan. On doit être capable d'expliquer ce que c'est.
De temps en temps les Instructeurs ou Fukuda Shihan vérifiaient notre niveau car la progression doit être continue pour tout: kata et kihon. En kumite aussi il faut s'améliorer alors doit progressivement combattre contre des deshi plus forts, contre des poids lourds."


- kj: "As-tu vu des uchi deshi abandonner le cursus entamé?"

- T.: "Non, jamais. Je ne sais pas si c'est possible d'arrêter..."


- kj: "Et toi-même? N'avais-tu pas envie, à certains moments, de laisser tomber et renter chez tes parents?"

- T.: "C'était très dur mais je ne pouvais pas arrêter. J'avais souvent demandé à mes parents pour qu'ils acceptent donc je ne pouvais plus revenir en arrière. Et puis si j'avais arrêté j'aurais du quitter le dôjô."


- kj: "Pourquoi? Est-ce obligatoire?"

- T.: "Je ne sais pas...Je ne me souviens pas si c'était écrit dans les papiers signés par mes parents et moi-même...Mais de toute façon je n'aurais pas pu rester. C'est comme ça au Japon. Je me suis engagé donc je vais jusqu'au bout. Vous savez c'est un peu l'idée de giri ("devoir" pour faire simple). Mais je crois que c'est pareil pour les uchi deshi étrangers. On doit finir le cycle même si c'est trois ans. Vous parlez japonais et vous connaissez bien le Japon alors vous comprenez facilement. J'ai essayé d'expliquer ça à un uchi deshi Russe à la demande des Instructeurs mais il n'a rien compris...Je crois que ce n'est pas seulement le problème de la langue...Pour les Japonais c'est clair."


- kj: "Des regrets de ton côté?"

- T.: "Non car maintenant je suis shôdan grâce à cette année en tant que uchi deshi. Et puis j'ai vraiment progressé. En plus c'était bien avec les autres. Nous avons passé beaucoup de temps à travailler ensemble.
Bien sûr, en tant que uchi deshi on a accès à tous les cours avec tous les Instructeurs. Ca c'est beaucoup de chance.
Quand j'ai été choisi j'étais vraiment content car je sais qu'il y a beaucoup d'élèves envoyés par d'autres dôjô, alors j'étais assez fier et mes parents aussi je crois."


- kj: "Et maintenant?"

- T.: "Je continue à participer à la vie du dôjô et je passe beaucoup de temps sur place. Je m'entraîne cinq ou six fois par semaine.
Le mois dernier, quand nous nous sommes vus à Ôsaka, le dôjô m'avait demandé d'aller là bas pour l'organisation. J'étais chargé de recevoir les Shihan et les Sensei, leur indiquer leur place et m'assurer que tout se passe bien.
Plus tard je veux bien devenir juge/arbitre et m'occuper des tournois. Peut être que je deviendrai Instructeur moi même mais je ne sais pas encore...
En ce moment je travaille pour mettre de l'argent de côté car je veux aller en Italie et en France. Vous savez j'aime bien toutes les marques et je voudrais rapporter plusieurs choses au Japon pour ma famille et mon amie. Mais Chanel et tout le reste ça coûte cher!" (Rires de Toshio)


Ainsi s'achève notre conversation avec Toshio que nous remercions sincèrement.
C'est toujours avec plaisir que nous nous entraînons ensemble et souhaitons un bel avenir dans le karatedô à ce jeune shodan dont la gentillesse et la politesse ne sont jamais démenties.

Comme d'habitude, karatejapon reste seul responsable des erreurs de traduction ou d'interprétation à partir du japonais.
Dernière édition par karatejapon le Sam Oct 01, 2011 7:53 pm, édité 1 fois.
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Message par cardinal » Dim Juil 12, 2009 1:58 pm

Merci et encore merci pour cette interview sur la vie d'un Ushi-Deshi, c'est très riche en information et on s'y croirait...
J'ai bien aimé le passage sur Fabrice :lol: , et qu'il a sut leur montrer "de quel bois on se chauffe" en France :twisted: quand on se moque (gentillement) de nous.
Pourquoi faire du Karaté ?
"La mission ultime du karaté est de développer les meilleurs traits du caractère humain plutôt que former les êtres humains à affronter ses ennemis physiques"

~Mas Oyama~
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Précisions

Message par karatejapon » Sam Août 01, 2009 4:59 pm

De retour du Honbu dôjô Kyokushinkai - et afin de répondre à certaines questions par MP de plusieurs membres - voici quelques précisions sur les uchi deshi.

Pour simplifier, deux formules sont proposées dont la seconde est plus particulièrement dévolue aux étrangers.

Tout d'abord on trouve le séjour de longue durée. Il s'agit carrément de mille jours avec de très nombreuses obligations.
A chaque session ce sont plusieurs dizaines de candidatures qui sont examinées par le comité du Kyokushinkaikan. Les décisions sont théoriquement prises de façon collégiale, sachant que Matsui Shokei Kanchô décide en dernier ressort.
Ce très long "stage" s'adresse à des personnes désireuses et, surtout, certaines de vouloir enseigner et bâtir l'ensemble de leur vie autour du karatedô.
Le numerus clausus établi reste sujet à variations.

L'autre possibilité est le stage de trois mois, bien adapté dans l'optique d'un passage de grade ou d'une compétition de haut niveau.
Généralement, il faut trouver un logement hors du dôjô mais quelques adaptations sont parfois possibles.
Les non Japonais comptent pour plus de la moitié des effectifs et on trouve de tout, des Russes aux Argentins en passant par les Australiens et les Français.

Si d'autres réponses sont recherchées par certains membres, autant les poser sur ce même topic. Merci.
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Message par shokei » Dim Août 02, 2009 9:25 am

OUS !
J'arrive pas a trouver le bon forum donc je m'excuse. Quelques temps de cela le webmaster avait fait une reference concernant l'organisation de Kancho Matsui sur les responsabilites des Branch Chiefs etc ( apparemment probleme avec la russie concernant les diplomes).
Est ce qu'on peut savoir l'evolution sur cet affaire.
Merci
Joe
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Forum "Les Ecoles"

Message par karatejapon » Dim Août 02, 2009 10:58 am

La réponse à ta question se trouve au sein du forum "Les Ecoles", sujet "Kyokushinkai".

Mieux vaut donc poursuivre sur ce thread déjà ouvert afin de faciliter la lecture et la compréhension pour l'ensemble de nos membres. Merci.
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Message par Greg-sHAOlink » Lun Août 10, 2009 9:32 pm

pour le stage de trois mois, quels sont les prérequis ? Aussi, les périodes sont-elles libres ou faut-il obligatoirement suivre, par exemple, le stage de juin-juillet-août ?
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Les requis

Message par karatejapon » Lun Août 10, 2009 9:50 pm

Tout d'abord il faut que la candidature soit acceptée, tout simplement. Et il ne s'agit pas d'une Lapalissade car les refus ne sont pas motivés par écrit et les volontariats ne doivent pas suivre systématiquement des critères rigides. C'est le Japon...

Les périodes ne sont pas libres; le Kyokushinkaikan décide.
Si on se trouve sur place au moment d'un quelconque stage, il faudra y participer. Même le Mitsumine en plein hiver.

De préférence, il vaut mieux être yûdansha ou alors ikkyû préparant l'examen du shôdan ou une échéance majeure de type tournoi, championnat, etc.
Pour les yûdansha la base de la demande est également bien souvent une compétition ou un passage de grade. Néanmoins il ne s'agit pas là d'un requis absolu.

Quoiqu'il en soit, une lettre de motivation dûment rédigée, assortie d'une recommandation d'un professeur membre de l'organisation IKO 1 sont, bien entendu, impératives.
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Triste nouvelle

Message par karatejapon » Sam Oct 01, 2011 8:06 pm

Nous avons appris avec tristesse le décès de Toshio Senpai, dans un accident de la circulation, le mois dernier, dans la préfecture de Saitama.
Ce jeune shôdan avait pris le temps de répondre à nos questions, en tant qu'ancien uchi deshi. Notre conversation compose le deuxième article de ce thread et nous vous invitons à relire ce que nous avions alors écrit.
Pour notre part, nos pensées vont à la famille et aux amis du disparu, âgé de seulement vingt et un ans.
Nous n'oublierons pas le travail réalisé ensemble dans le dôjô, la camaraderie et la simplicité de Toshio Senpai. Okuyami moshi agemasu OSU
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Message par superchinois » Sam Oct 01, 2011 9:46 pm

Paix à son ame de budoka!

Osu
" Etre conscient de ce que l'on connait, mais ne pas oublier ce qui nous reste à Apprendre". Sagesse chinoise!!!
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Message par tarek » Lun Oct 03, 2011 12:34 pm

C'est bien triste
qu'il repose en paix

Osu!
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sotodeshi à Tôkyô

Message par karatejapon » Mar Oct 04, 2011 2:10 pm

Après avoir parlé des cycles longs en tant que uchi deshi, nous vous proposons un article sous forme d'entretien avec un ancien soto deshi.
Mariano Gonzalez Lucero est resté trois mois à Tôkyô afin de préparer l'examen du shôdan en 2010.


- kj: "Quel est ton parcours?"

- M.G.L. : "J'ai commencé le karate en 2000, près de chez moi à Buenos Aires. Ensuite j'ai continué à Los Angeles où j'étais stagiaire avant de trouver un poste pour quelques mois. Après ça je suis revenu en Argentine avant d'être muté à Sao Paulo. Ca m'a permis de m'entraîner régulièrement avec Isobe Shihan."


- kj: "Quelle est ton Ecole à la base?"

- M.G.L. : "Plutôt Gôjû ryû mais mâtinée de Shotokan et Kyokushinkai. On mélangeait beaucoup de choses car il y avait peu d'experts en Argentine.
A Los Angeles j'ai été un peu chez Fard Sensei mais c'était peu pratique et j'ai trouvé un dôjô American karate plus près de chez moi. Après j'ai vraiment choisi, surtout quand j'ai suivi des stages avec Gorai Shihan."


- kj: "Comment as-tu franchi le pas afin de t'entraîner au Japon?"

- M.G.L.: "En fait ça m'a pris pas mal de temps. J'avais choisi l'Ecole et mon rêve était de partir à Tôkyô mais il me fallait d'abord finir mes études et mettre de l'argent de côté car c'est très cher pour les Argentins.
Je suis ingénieur spécialiste des communications entre le contrôle aérien et les avions. Quand j'ai obtenu mon diplôme j'ai rapidement trouvé un poste à l'aéroport international de Buenos Aires. Ca m'a permis de commencer à gagner ma vie et faire des économies. Au bout de quelques années on m'a envoyé aux Etats Unis pour obtenir une qualification supplémentaire et ensuite à Sao Paulo, ce qui m'a donc permis de progresser au dôjô de Isobe Shihan. Comme je savais que je ne pouvais pas rester indéfiniment, nous en avons parlé et le Shihan m'a dit qu'il m'aiderait.
Je suis alors rentré en Argentine où j'ai repris mon poste pendant quelques années et j'ai ensuite franchi le pas."


- kj: "Concrètement, comment s'est-il passé?"

- M.G.L.: "Assez simplement...si on veut...J'ai démissionné, j'ai rendu mon studio en location, j'ai vendu ma voiture et presque tout ce que je possédais. Isobe Shihan m'a envoyé une lettre de recommandation, j'ai eu des contacts par lettres avec le Honbu dôjô et je suis parti après avoir trouvé une colocation à bas prix. Heureusement j'ai eu droit à une réduction pour le billet puisque travaillant dans l'aviation civile."


- kj: "Ton arrivée au Japon?"

- M.G.L.: "Un peu le choc car c'était la première fois que je venais en Asie. Mais j'ai été plutôt bien reçu.
J'ai tout de suite commencé afin de ne pas perdre de temps. Je suivais un ou deux cours par jour du lundi au samedi inclus, plus les stages. C'était très fatigant mais j'en ai bien profité."


- kj: "Quels cours suivais-tu en particulier?"

- M.G.L.: "Principalement ceux de Fukuda Shihan malgré ses problèmes de santé. C'est logique parce que mon but était de passer le shÖdan et que lui connaît parfaitement le programme. J'ai tout travaillé avec beaucoup de répétitions au niveau des kata. J'ai dû apprendre presque tout le programme mais sur trois mois, avec de la motivation, c'est possible.
Sinon un peu tous les cours dont, une fois par semaine, celui réservé aux ceintures noires et aux élèves en instance d'examen."


- kj: "Comment se déroulait cet entraînement?"

- M.G.L.: "Wow! Très très dur! Au début c'était l'enfer. Je pesais quatre vingt quinze kilos en arrivant mais je me suis fait sérieusement bousculer. J'ai pu mesurer l'écart de niveau et le travail qui restait à accomplir pour le kumite de l'examen.
Au bout des trois mois je me suis stabilisé à quatre vingt dix kilos et je me sentais mieux mais le poids ne fait pas tout. Sans technique adaptée on n'arrive à rien. J'ai beaucoup appris et j'ai surtout travaillé les enchaînements et tous les automatismes nécessaires."


- kj: "Pas de problèmes linguistiques ou d'adaptation au pays?"

- M.G.L.: "Ce n'était pas évident car je ne parle pas japonais mais avec l'anglais je m'en suis sorti.
Le pays est agréable, c'est très propre et les gens sont très gentils. Je me suis bien entendu avec tout le monde au dôjô, notamment avec les uchi deshi et les différents Instructeurs. Ils comprenaient ce que je voulais et ils ont pris soin de moi. J'ai souvent été corrigé et conseillé.
Je vivais en dehors du dôjô mais comme je venais quotidiennement je crois que j'étais bien considéré. Quand nous sommes partis en stage près du Mont Fuji, j'étais plus traité en uchi deshi qu'en soto deshi."


- kj: "Au niveau financier comment cela s'est-il passé?"

- M.G.L.: "J'avais bien dimensionné mon budget et je n'ai pas eu de mauvaise surprise. Je n'ai pas eu besoin de travailler donc je pouvais m'investir plus facilement.
J'ai versé 15000 yen, je crois, au dôjô en arrivant puis ensuite 10000 yen chaque mois.
Comme j'ai bien aimé la nourriture japonaise c'était facile et peu cher.
Et puis je n'avais pas besoin de visa ou de justificatif pour quatre vingt dix jours donc ça allait."


- kj: "Qu'as-tu retiré de cette période?"

- M.G.L.: "Déjà j'ai atteint mon but puisque j'ai obtenu le shôdan. Par ailleurs, j'ai vraiment beaucoup appris et j'ai ainsi obtenu une excellente base de travail. Sinon, j'ai passé vraiment de bons moments même si j'ai souffert physiquement mais je m'y attendais quand même.
Je crois que j'ai eu beaucoup de chance d'aller au Japon et atteindre mes buts. Tout le monde ne le peut pas."


- kj: "Et maintenant?"

- M.G.L.: "J'ai repris mon travail d'ingénieur mais pas à l'aéroport. Je m'arrange pour suivre des stages au Brésil et aux Etats Unis mais, malheureusement, pas de "vrai" dôjô Kyokushinkai en Argentine. Nous nous sommes quand même regroupés à plusieurs ceintures noires de karate et proposons quatre cours par semaines dans un local de banlieue. Je révise régulièrement tout le programme grâce à l'Internet et, plus tard, je pourrai peut être ouvrir un véritable dôjô. Dans ce cas là, je retournerai d'abord au Japon pour un trimestre."


- kj: "Un conseil ou des suggestions à offrir aux candidats sotodeshi?"

- M.G.L.: "Je crois que la motivation fait tout. J'ai certes perdu du temps dans ma carrière mais, d'un autre côté, j'ai réussi quelque chose d'exceptionnel. Je sais que c'est difficile mais il faut franchir le pas et s'investir comme je l'ai fait. Je suis reparti pour une nouvelle vie à mon retour dans mon pays, sans argent mais riche en expériences.
En tout cas je ne regrette rien et si je n'étais pas parti à Tôkyô je m'en voudrais maintenant. Si possible il faut le faire quand on est jeune car si on a une famille à charge c'est impossible.
De toute façon c'était un grand moment pour moi et il en va de même pour tous si on est vraiment motivé."


Merci à Mariano Gonzalez Lucero Senpai pour ce témoignage.

L'entretien ayant été conduit en espagnol, nous restons seul responsable des éventuelles erreurs de traduction et/ou d'interprétation.
karatejapon
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